L’apport remarquable et inconnu des frères Lumière au domaine médical

 Si les frères Lumière sont universellement connus pour avoir inventé le Cinématographe, on oublie souvent qu’ils ont opéré un pivot majeur après cette aventure. Forts de leur fortune et de leurs connaissances pointues en chimie (liées à la photographie), ils ont consacré une immense partie de leur vie à la recherche médicale et à la santé, principalement portée par l’aîné, Auguste Lumière.

Pendant la Première Guerre mondiale et les décennies suivantes, leurs contributions ont touché à la chirurgie, la pharmacologie et l’imagerie médicale.

1. La cicatrisation et le matériel chirurgical

Pendant la Grande Guerre, Auguste Lumière prend la direction du service de radiographie de l’Hôtel-Dieu de Lyon, puis l’armée lui confie la gestion d’un centre de soins. C’est sur le terrain qu’il applique son esprit d’innovation :

  • Le Tulle gras Lumière (1915) : C’est sans doute leur invention médicale la plus célèbre, encore utilisée aujourd’hui. Pour éviter que les compresses des blessés de guerre ne collent aux chairs (ce qui arrachait les tissus en cours de guérison), Auguste invente un morceau de tulle de soie imprégné d’un mélange de vaseline, de paraffine et de baume du Pérou. Ce pansement non adhérent a révolutionné le traitement des grands brûlés et des plaies ouvertes.

  • La pince-main articulée : Pour les milliers de soldats amputés de la main, Louis Lumière conçoit une prothèse articulée ultra-précise. Grâce à un ingénieux système de serrage mécanique, elle permettait aux mutilés de retrouver une vraie force de préhension et de retravailler.

  • Les lois de la cicatrisation : En observant scientifiquement des milliers de blessures, Auguste complète les travaux de ses contemporains en établissant des règles mathématiques sur la vitesse de fermeture des plaies cutanées.

2. L’imagerie et les instruments de laboratoire

Leur maîtrise de la lumière et de l’optique a directement servi le diagnostic médical :

  • L’application médicale des rayons X et des Autochromes : Dès la découverte des rayons X par Roentgen, Auguste Lumière s’en empare pour équiper les hôpitaux lyonnais. De plus, ils utilisent leur invention de la photographie couleur (les plaques Autochromes) pour réaliser des atlas dermatologiques et des diapositives indispensables à la formation des étudiants en médecine et chirurgie.

  • La photo-stéréosynthèse : Inventée par Louis Lumière, cette technique permet de donner une impression de relief à des images fixes. Elle sera l’un des ancêtres techniques de la tomographie (l’imagerie par coupes, utilisée dans les scanners modernes).

  • Les instruments de laboratoire : Ils créent de multiples outils de précision, dont un enregistreur pour inscriptions en continu (lointain ancêtre de l’électroencéphalogramme), un microscope néphélométrique (pour mesurer la turbidité des fluides), ou encore des dispositifs en verre spécifiques pour la récolte stérile du plasma sanguin.

3. Pharmacologie et création de l’Institut Lumière

En 1926, Auguste fonde à Lyon un immense complexe : l’Institut Lumière (comprenant une clinique et des laboratoires de recherche). Il y développe de nombreuses spécialités pharmaceutiques :

  • L’Hermophénil : Un puissant antiseptique et bactéricide dérivé du mercure, utilisé notamment dans le traitement de la syphilis et l’asepsie des plaies.

  • La Persodine : Un traitement à base de persulfates alcalins conçu pour redonner l’appétit aux malades chroniques.

  • Les Sels d’or : Des thérapies destinées à lutter contre la tuberculose.

  • L’Emgé Lumière (1920) : Un médicament à base de magnésium, né de ses recherches, qui est resté commercialisé en pharmacie jusqu’en 1997.

Une reconnaissance en demi-teinte Malgré plus de 20 ans de recherches et des centaines de publications, Auguste Lumière a souffert d’un manque de reconnaissance de la part de l’académie de médecine. N’étant pas médecin de formation mais chimiste et biologiste autodidacte, la communauté scientifique a longtemps boudé sa grande œuvre théorique (la théorie colloïdale, qui tentait d’expliquer l’origine de toutes les maladies par la floculation des fluides corporels, une théorie aujourd’hui obsolète). Pourtant, ses inventions pratiques ont sauvé et soulagé des milliers de vies.

Pour reconstituer le parcours médical des frères Lumière (et particulièrement d’Auguste), les historiens des sciences et de la médecine s’appuient sur plusieurs sources documentaires majeures. Voici les principales références :

1. Les publications scientifiques d’Auguste Lumière

Auguste Lumière était un auteur prolifique. Il a consigné ses recherches dans de nombreux ouvrages et communications académiques :

  • « Le Mythe des Microbes » (1924) : Ouvrage où il expose ses théories biologiques.

  • « La Maladie, cette grande inconnue » (1949) : Une synthèse de ses travaux sur les colloïdes et la médecine.

  • Communications à l’Académie des Sciences : Des dizaines de notes scientifiques présentées entre 1910 et 1940 sur la cicatrisation, le Tulle gras et l’action des sels d’or.

2. Les archives officielles de l’Institut Lumière

L’Institut Lumière à Lyon (qui occupe aujourd’hui l’ancienne villa familiale et les laboratoires) conserve l’essentiel du patrimoine industriel et médical des deux frères :

  • Les brevets d’inventions médicales (déposés pour le Tulle gras, la prothèse de main mécanique, ou les instruments de laboratoire);

  • Les catalogues commerciaux des Laboratoires Auguste Lumière (période 1920-1950), qui détaillent la composition et l’usage de médicaments comme l’Emgé ou l’Hermophénil.

3. Les travaux des historiens de la médecine lyonnaise

La contribution médicale des Lumière est documentée par les institutions universitaires et hospitalières de Lyon :

  • Le Musée d’Histoire de la Médecine et de la Pharmacie de Lyon : Il conserve des exemplaires physiques des prothèses de Louis Lumière et des premiers pansements.

  • Les thèses et articles de l’Université Claude Bernard (Lyon 1) : Plusieurs travaux de recherche en histoire de la pharmacie analysent l’impact de l’usine de médicaments de Vaise (le quartier lyonnais où étaient produits les soins).

  • L’ouvrage de référence « Auguste Lumière, pionnier de la médecine : Un autre regard sur le génie lyonnais » de Paul-Luc Monnier.

4. Les archives de la Première Guerre mondiale

  • Les rapports du Service de Santé des Armées (1914-1918) : Ils recensent l’utilisation à grande échelle du Tulle gras Lumière dans les hôpitaux militaires (notamment à l’Hôtel-Dieu de Lyon) et valident scientifiquement son efficacité sur les blessés de guerre.

Google Gemini

La découverte de cette dimension occultée de la vie et de la contribution des frères Lumière à la science est due à Pierre Lance qui a écrit un chapitre du Volume II de « Savants maudits, chercheurs exclus » sur Auguste Lumière :

 

 

 

« Auguste Lumière, co-inventeur du cinéma, consacra la fin de sa vie à des innovations thérapeutiques et fut l’auteur de 20 ouvrages médicaux tombés dans l’oubli. »

 

 

 

 

 

Réseau d'entraide Les Vivants et La Tirelire des vivants

Inscrivez-vous à la liste d'envoi pour recevoir les dernières publications et soutenir les vivants.

aide

Courroie de transmission d'infos utiles

You may also like...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *